Hétérographe | Revue des homolittératures ou pas :

Hétérographe n’est plus! Ne soyez pas tristes, nous travaillons à de nouveaux projets …

Il ne s’agit pas de rester marginal, mais d’être partie prenante de réseaux ou zones marginaux, quels qu’ils soient, centres disciplinaires qui, ensemble, déstabilisent de multiples manières ces autorités. Judith Butler

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Le 
dernier numéro d’Hétérographe
Spécial « À poil et à plumes »), avec un entretien exclusif de Judith Butler pour finir en beauté! 


SOMMAIRE DU N°10
L’édito d’adieu
L‘entretien inédit avec Judith Butler

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«Hétérographe» s’éteint en beauté
lors d’une fête poétique

« Le Courrier », 20 NOVEMBRE 2013 - par Anne Pitteloud

LAUSANNE • A l’occasion de la sortie d’«À poil et à plumes», le 10e et dernier numéro de la «revue des homolittératures ou pas:», dix artistes lui rendront hommage dimanche à l’Arsenic.
C’est la fin d’une aventure qui a duré cinq ans et donné 1000 pages de littérature queer et de réflexions hors des sentiers battus: depuis 2008, Hétérographe, «revue des homolittératures ou pas:», partage un «regard décapant, voire déstabilisant, sur les questions de genre, entre dis-identité et nouvelles appartenances, entre dissidence et utopie», dit l’édito de son 10e et dernier numéro, une édition spéciale «A poil et à plumes» qui creuse le thème de l’animalité. Car c’est une triste nouvelle: le manque de soutien financier contraint l’équipe à jeter l’éponge.
Pour marquer le coup, Hétérographe invite à célébrer son «apocalypse joyeuse» lors d’une Crash Fest qui promet d’être aussi poétique que déjantée, dimanche dès 17h à l’Arsenic de Lausanne: avant de se trémousser sur le dancefloor, on a hâte de découvrir l’hommage rendu à la revue par dix artistes, comédiens et metteurs en scène, qui ont chacun choisi un numéro à partir duquel imaginer une performance. Parmi eux, les incontournables Greta Gratos et Oscar Gomez Mata, le trio Eric Devanthery & Rachel Gordy & Marc Berman, Sophie Solo, Emilie Blaser ou encore Théo&dora.
«Pour nous, le bilan humain et littéraire est très positif», relève l’écrivain et journaliste Pierre Lepori, fondateur d’Hétérographe. «Nous avons découvert des auteurs dont on ne soupçonnait pas l’existence, ainsi que des chercheurs passionnants travaillant sur des thèmes comme la transsexualité ou la prostitution. C’était aussi une expérience collective fantastique.» Une richesse que reflètent les dix numéros de la revue bisannuelle (lire encadré). Pendant cinq ans, elle a contribué à la réflexion sur les frontières de genre en les questionnant avec intelligence, en déplaçant leurs limites et en ouvrant d’autres perspectives. Revue littéraire de qualité, elle a aussi joué un «rôle social» alors que la lutte contre l’homophobie est loin d’être terminée. «Ces derniers mois, six adolescents se sont suicidés en Italie», rappelle Pierre Lepori.

Comment expliquer alors le manque de soutien des institutions? Plusieurs facteurs ont sans doute joué, à commencer par le positionnement de la revue, entre littérature et militantisme. «Pour les associations de soutien aux homosexuels, nous sommes une revue littéraire, tandis que la Loterie romande nous reproche de nous adresser à un ‘public restreint et averti’, et Pro Helvetia de ne pas assez nous engager pour la littérature suisse», commente Pierre Lepori. Hétérographe a pourtant publié 26 écrivains et 9 artistes helvétiques, ainsi que des traductions d’auteurs alémaniques et tessinois; son équipe de rédaction est suisse, tout comme sa présidente Silvia Ricci Lempen et son éditeur.
«Nous pensons que ce reproche est une excuse: Pro Helvetia manque de budget, elle doit couper quelque part et nous ne correspondons pas assez à ses critères, qui sont également identitaires.» Et Pierre Lepori de déplorer que les institutions ne veillent pas justement à la diffusion des littératures minoritaires. «Il faut soutenir la culture pointue, c’est elle qui aide à la croissance de la démocratie et fait avancer les questions sociales.»
Si ces deux défections ont poussé la revue à mettre la clé sous la porte, Pierre Lepori évoque plus largement le peu d’intérêt de la presse pour les différents numéros d’Hétérographe et le manque d’abonnés (de 250 au maximum, il est retombé à 150). Enfin, le modèle de la revue papier ne serait globalement plus rentable, même s’il en naît chaque année. Et de conclure: «Puisque nous n’arrivons pas à financer une revue, pourquoi ne pas devenir une collection au sein d’une maison d’édition?» L’idée est lancée, espérons qu’elle germe… Et en attendant, que la fête soit belle! I

Depuis 2008, Hétérographe a publié 60 textes de création dans les genres de la poésie, de la prose et du théâtre, signés par des auteurs connus ou non, de Suisse mais aussi d’Europe, d’URSS, d’Amérique latine et d’Afrique, d’Asie et des Etats-Unis. Dans chaque numéro, ces inédits côtoient des articles sur des thématiques trans-inter-outre-genre (explorant des territoires allant de la science-fiction à la biologie, de l’anthropologie à l’opéra), des entretiens (avec Denis Cooper, Didier Eribon ou Olivia Rosenthal), des critiques de romans ou de films, ainsi que le portfolio d’un artiste plasticien (on y a croisé Emmanuelle Antille ou Martial Leiter).
La revue a aussi consacré trois numéros à des dossiers spéciaux: la migration, l’enfance et l’animalité, sujet de la dernière livraison «A poil et à plumes», qui fait également un détour par le végétal. On y lira notamment un entretien exclusif avec la papesse du queer Judith Butler (paru dans Le Courrier du 11 novembre dernier, notre journal publiant depuis les début d’Hétérographe l’un de ses articles en avant-première); mais aussi des inédits signés du grand W. H. Auden, de plumes internationales (Brésil, Grèce, Haïti) et suisses (Claire Sagnières, Marie Gaulis et Fabio Pusterla), le tout ponctué par les dessins de l’artiste romande Barbara Cardinale.